Faire la Une un jour peut-être – atelier conte

Neige à Marseille - par Clara

Marina. De la mer. Un petit indice de son origine. Un nom qui fait rêver, appartenant à une princesse qui vient d`une ville située dans la profondeur bleue. La petite sirène d`un monde magique.

Bah, n`importe quoi… Regarde autour de toi ! Il est où ton monde magique de merde ? Avec amertume elle crache par terre. Le vent glacial la fait grelotter et elle entoure sa poitrine de ses bras beaucoup trop maigres, en serrant sa veste d`été autour de son corps. Elle aurait donné n`importe quoi pour une de ces vestes d`hiver, une de ces doudounes, que tout le monde mettait pour se protéger contre ce froid sibérien, un froid qui n`était pas normal ici. « Froid : 68 Départements en vigilance orange », «Le froid ne faiblit pas, de nouvelles victimes » et «Le froid fait une nouvelle victime, de la neige jusqu’à Marseille» annoncent les journaux en majuscules sur leurs unes.

«Putain, ça caille! » Une jeune femme relève son col et prend le bras de son petit copain qui lui frotte le dos pour la réchauffer. Ils ont disparu rapidement dans la foule, entre tous ces gens pressés et renfrognés dont le plus grand désir est de rentrer chez eux, dans leurs familles et d`échapper à ce froid.

Si vous saviez… mais vous n`en savez rien. Si vous saviez à quel point ça caille quand on n`a qu`une veste fine pour se couvrir, quand on n`as pas un « chez-soi » où on peut rentrer le soir, quand on ne dort pas la nuit de peur de mourir de froid si on s`arrête de bouger et quand on n`a personne chez qui on peut se réchauffer en se blottissant contre lui, ni famille ni ami.

Toutes les terrasses des cafés sont vides. À l`intérieur il y a quelques personnes isolées qui boivent le café en laissant vagabonder leur regard par la vitre sur le Vieux Port. Au comptoir, les vieux habitués qui sont toujours là devant leur jaune. Le Quai des Belges est étrangement abandonné, personne ne se promène au bord de la mer. Tout le monde se retrouve Rue de Rome ou Canebière, en filant d`un magasin à l`autre pour effectuer les dernières courses de Noël. Des touristes qui remplissent les quais du Vieux Port pendant l`été, il n`en reste aucun.

Marina marche. Elle ne fait pas attention à son trajet, c`est histoire de bouger, de réchauffer un peu ses muscles, son corps. Elle n`a aucun but, elle est fatiguée. Elle ne veut plus voir tous ces gens chargés, avec leurs sacs de courses, habillés bien chaudement, qui ralentissent devant les kiosques en parcourant les titres et qui secouent la tête avec pitié en marmonnant « oh, quel froid de canard, les pauvres ! Ça doit être affreux de dormir dehors maintenant.»

Aucun de ces gens n’a jamais levé la tête lorsque passe la petite avec sa veste beaucoup trop légère. Ils viennent d`un autre monde. Un monde où le froid reste dehors devant les portes d`entrée, un monde où mourir de froid n`existe que dans les journaux et où la question la plus important ce soir sera si les cadeaux qu`on a acheté plairont. Elle ne peut pas y arriver dans ce monde-là. Un mur d`indifférence, de cécité et d`ignorance lui barre le chemin.

Elle en a tellement marre.

S`assoir sur le banc ici, rester en regardant la mer avec les lumières de Marseille dans le dos et ne plus bouger, s`endormir…

Y aurait-il un article à la Une pour elle aussi ?

Clara H, Allemagne

La dernière allumette – DE LA MANCHA

La Derniere Allumette

Atelier contes AVRIL 2012, B2/C1 Nathalie & Lise

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